Homme à la mer : prévenir la chute, réagir et récupérer
Une chute à la mer est l’accident le plus grave qui puisse arriver en plaisance : en quelques dizaines de secondes, une tête dans les vagues devient invisible, et l’eau froide épuise vite. Tout se joue sur trois choses : ne pas tomber, ne jamais perdre la personne de vue, et savoir la remonter à bord. Voici la prévention, la conduite à tenir minute par minute, l’alerte et les moyens de récupération.
- Priorité
- Ne pas tombergilet et longe
- Réflexe
- Crier et pointerne jamais quitter des yeux
- Alerte
- VHF canal 16ou le 196 par téléphone
- Difficulté
- Remonter à bordà préparer à l’avance
01Prévenir la chute
- Le gilet porté : un gilet rangé dans un coffre ne sert à rien. Portez-le dès que la mer se forme, de nuit, seul sur le pont, et en permanence pour les enfants.
- La longe et le harnais : de nuit, par mer formée ou en solitaire, on s’attache à une ligne de vie ou à un point solide.
- Une main pour soi, une main pour le bateau : on se déplace en se tenant, côté au vent, le corps bas.
- Le coupe-circuit : sur un bateau à moteur, le pilote porte le cordon ou le bracelet du coupe-circuit ; le bateau s’arrête s’il tombe.
- Les gestes à risque : uriner par-dessus bord, se pencher pour attraper une bouée, monter sur le pont avant en mer agitée.
- L’échelle de bain : elle doit pouvoir être déployée depuis l’eau, par une personne seule.

Le matériel obligatoire selon la zone est détaillé dans les équipements de sécurité.
02Les premières secondes
- Crier « Un homme à la mer ! »
Tout l’équipage doit le savoir immédiatement.
- Lancer une bouée
Bouée fer à cheval, perche, feu à retournement, tout objet flottant : cela aide la personne et marque la zone.
- Désigner un guetteur
Une personne pointe le bras vers le naufragé et ne le quitte jamais des yeux. Elle ne fait rien d’autre.
- Appuyer sur la touche MOB
Le GPS enregistre la position de la chute.
- Au moteur : débrayer puis manœuvrer
Écartez l’arrière et l’hélice de la personne, puis revenez à vitesse réduite.
- Alerter
Sans attendre si la personne n’est pas récupérée très vite, si elle est inconsciente ou si l’eau est froide.
À l’approche finale, mettez au point mort dès que la personne est le long du bord, et coupez le moteur avant de la hisser. Une hélice qui tourne près d’un nageur est un danger mortel.
03Revenir sur la personne
Au moteur
Demi-tour et approche lente
- Revenez face au vent ou au courant, à très faible vitesse.
- Présentez la personne par le travers avant, à l’écart de l’hélice.
À la voile
L’arrêt rapide
- Virez de bord sans toucher au foc : le bateau se met à la cape et dérive près de la personne.
- Démarrez le moteur après avoir vérifié qu’aucun bout ne traîne à l’eau.
À la voile, autre méthode
Le « huit » ou travers–largue
- Partez au travers, virez, revenez au largue puis remontez au près pour vous arrêter.
- Demande de l’espace mais reste maîtrisable.
Dans tous les cas
S’arrêter au vent de la personne
- Le bateau dérive vers elle et l’abrite.
- Établissez tout de suite un lien : bout, bouée avec filin.
Ces manœuvres ne s’improvisent pas : répétez-les par beau temps avec un pare-battage lesté d’un seau. Voir aussi les manœuvres de port pour le comportement du bateau à faible vitesse.
04Donner l’alerte
| Moyen | Comment | Quand |
|---|---|---|
| VHF, canal 16 | « MAYDAY » trois fois, nom du bateau, position, « homme à la mer », nombre de personnes | Moyen prioritaire en mer : tous les navires alentour entendent |
| VHF ASN | Touche rouge « Distress » maintenue quelques secondes | Envoie l’alerte et la position automatiquement |
| Téléphone, 196 | Numéro d’urgence des CROSS | Près des côtes, si le réseau passe |
| Téléphone, 112 | Numéro d’urgence européen | À défaut |
| Balise AIS individuelle | Se déclenche sur le gilet | Fait apparaître le naufragé sur les traceurs alentour |
Le fonctionnement de la radio est expliqué dans la VHF marine. Une alerte donnée tôt et annulée ensuite ne sera jamais reprochée.
05Remonter à bord
C’est souvent le plus difficile : une personne habillée, trempée et épuisée pèse très lourd, et le franc-bord d’un voilier dépasse un mètre.
- L’échelle de bain : la solution la plus simple si la personne est consciente et la mer maniable.
- La jupe arrière : pratique par mer plate, dangereuse quand le bateau tape dans le clapot.
- Le palan ou la drisse : une drisse frappée sur le harnais ou sur une sangle de hissage, reprise au winch.
- La voile ou le filet : une voile d’avant ou un filet amarré le long du bord, passé sous la personne et hissé par la drisse : elle remonte à l’horizontale.
- L’annexe ou le radeau : un étage intermédiaire plus bas sur l’eau.
- Ne sautez pas à l’eau pour aider, sauf attaché au bateau et avec un gilet : on risque deux naufragés.
Allongez la personne, retirez les vêtements mouillés, couvrez-la et réchauffez-la progressivement. Une victime froide se manipule avec douceur et reste à l’horizontale. Demandez un avis médical au CROSS, même si elle semble aller bien.
06Le froid et le temps disponible
| Température de l’eau | Ce qui se passe |
|---|---|
| Moins de 10 °C | Choc thermique immédiat, souffle coupé ; la force des mains disparaît en quelques minutes |
| 10 à 15 °C | Nage efficace limitée à quelques dizaines de minutes |
| 15 à 20 °C | Épuisement progressif ; l’hypothermie s’installe au fil des heures |
| Plus de 20 °C | Le danger principal reste l’épuisement et la noyade |
Ces ordres de grandeur varient beaucoup selon la corpulence, les vêtements et l’état de la mer. Dans l’eau, avec un gilet : ne nagez pas, regroupez bras et jambes contre le corps, gardez vos vêtements, et restez près de tout objet flottant.
07Questions fréquentes
Que faire en premier quand quelqu’un tombe à l’eau ?
Crier « Un homme à la mer », lancer une bouée, désigner une personne qui ne le quitte plus des yeux et appuyer sur la touche MOB du GPS.
Quel numéro appeler en mer ?
Le canal 16 de la VHF en priorité. Par téléphone, le 196, numéro d’urgence des CROSS, ou le 112.
Comment remonter une personne à bord ?
Par l’échelle de bain si elle est consciente ; sinon avec une drisse et un winch, ou en la faisant rouler dans une voile ou un filet hissé le long du bord.
Faut-il sauter à l’eau pour aider ?
Non, sauf attaché au bateau et équipé d’un gilet. Un second naufragé aggrave la situation.
Le gilet de sauvetage est-il obligatoire ?
Il doit y en avoir un par personne à bord. Son port n’est pas imposé en permanence aux adultes, mais c’est lui qui sauve.
À retenir
- Gilet porté et longe : la meilleure récupération est la chute évitée.
- Un guetteur ne quitte jamais la personne des yeux.
- Point mort puis moteur coupé avant de hisser.
- Préparez et répétez le moyen de remonter quelqu’un à bord.





